Notre histoire
La première ligne

Quand on m'a demandé d'être le parrain de Maxine, je n'ai pas répondu tout de suite.
Pas par hésitation. Par gravité. On ne mesure pas, sur le moment, ce que veut dire ce mot. Parrain. Ce n'est pas un titre qu'on porte aux baptêmes et qu'on range ensuite. C'est une promesse silencieuse faite à quelqu'un de minuscule : je serai là. Pas seulement aux grandes dates. Là, vraiment, au fil des années.
Maxine est née un matin de printemps, à un peu plus de cinquante centimètres. Toute petite, toute neuve, les poings fermés comme si elle tenait déjà quelque chose. Je me souviens de l'avoir prise dans mes bras en me disant une chose très simple et un peu vertigineuse : je vais la voir grandir.
Et puis une autre, juste derrière, qui ne m'a plus lâché : la voir grandir, ça ne suffit pas. Je veux grandir avec elle.
Alors j'ai cherché un cadeau. Pas un jouet qu'elle oublierait avant l'été. Pas une peluche de plus dans une pile de peluches. Je voulais quelque chose qui marque. Quelque chose qui dirait, des années durant, ce que je venais de lui promettre en silence.
J'ai pensé aux toises, ces règles qu'on accroche au mur pour mesurer les enfants. L'idée me plaisait, le temps qui passe rendu visible. Mais toutes celles que je trouvais étaient muettes. Elles disaient des centimètres, jamais des souvenirs. Elles comptaient les tailles, jamais les jours qu'on avait passés ensemble pour y arriver.
Alors je l'ai imaginée autrement. Une toise où chaque centimètre ne serait pas un trait, mais un rendez-vous. Le zoo à trois ans. Le premier vélo à cinq. L'accrobranche à huit. Une année, une aventure. Une liste de promesses montant le long du mur, comme une feuille de route des années qu'il nous restait, à Maxine et à moi.

La première ligne, tout en bas, je l'ai posée à sa taille de naissance. Le point de départ. L'endroit exact où tout commençait.
Le jour où je la lui ai offerte, personne n'a regardé l'objet. On a tous regardé la même chose : les années à venir, écrites noir sur blanc, jusqu'en haut du mur. Et la première question qu'on m'a posée, ce jour-là, je l'ai entendue plusieurs fois depuis. Tu pourrais m'en faire une ?
C'est comme ça que Tipousse est née. D'un parrain qui ne voulait pas seulement assister à une enfance, mais y participer.
Aujourd'hui, je fabrique pour d'autres ce que j'avais inventé pour Maxine. Une toise qui ne mesure pas des centimètres, mais le temps qu'on choisit de passer ensemble. La sienne est toujours accrochée, et elle se remplit, année après année, exactement comme promis.
Parce qu'une enfance, ça ne se rejoue pas. Autant décider, dès la première ligne, d'en faire partie.
— Diego, fondateur de Tipousse